Edmond Lay. Une œuvre, des archives
L'essentiel, c'est que les bâtiments aient une âme, qu'ils ne trichent pas. C'est de cette manière que l'homme peut se sentir en accord avec ce lieu. L'architecture permet un épanouissement humain.
Edmond Lay
A travers ses diverses expériences, Edmond Lay se construit son propre langage architectural et se tourne vers une architecture dite organique qui en propose une vision humaniste.
Ce langage repose sur :
- des principes humains qui placent l’homme au centre de l’architecture (bien-être) ;
- des concepts architecturaux qui doivent permettre la construction de lieux protecteurs, conviviaux et accessibles à tous (démocratisation de l’architecture).
Pour cela, Edmond Lay a recours à une architecture en continuité avec les éléments naturels : l’eau (bassins), le feu (cheminée), l’air (espaces fluides) et la terre (implantation de l’édifice). Par cette utilisation, se dessinent quatre principes constitutifs : l’horizontalité (toiture), la proportion du bâtiment à taille humaine, l’insertion dans le site (intégration paysagère) et la mise en relation entre l’intérieur et l’extérieur (baies vitrées).
Le fonds d'archives
En 2012, les Archives départementales des Hautes-Pyrénées prennent en charge la conservation des archives d’Edmond Lay. Ce fonds est constitué de documents d’architecture réalisés tout au long de sa vie professionnelle. Il comprend 3000 plans, 81 dossiers et 7 maquettes consacrés à la construction de bâtiments dans les Hautes-Pyrénées, en France et même à travers le monde. Cet ensemble de documents témoigne du nombre important et de la variété des réalisations et des projets de cet architecte : centres hospitaliers, bâtiments universitaires et scolaires (IUT de Tarbes, lycée de Lannemezan…), banques, hôtels des impôts (Mont-de-Marsan et Sarlat), thermalisme, habitats collectifs (Le Navarre à Tarbes), résidences individuelles et ambassades (projets à Abu Dhabi et au Koweït)...
Au regard de l’état matériel de ces documents, les Archives départementales ont dû engager des opérations visant à assurer leur conservation et leur communication. 120 plans ont ainsi été restaurés (désolidarisation des plans collés entre eux, retrait des anciens adhésifs, mise à plat et réparation des déchirures) et 388 plans numérisés. Par ces opérations, le Département assure la sauvegarde de la mémoire professionnelle d’Edmond Lay.
Ces archives ont également fait l’objet d’une importante action de valorisation : en collaboration avec l’association Parcours d’architecture dont les membres Jocelyn Lermé et Didier Sabarros ont assuré le contenu scientifique, le Département a en effet présenté en 2015 une vaste exposition, Edmond Lay, une autre modernité, afin de promouvoir et de faire découvrir l’un des principaux architectes haut-pyrénéen de la seconde moitié du XXe siècle et surtout l’un des rares élèves français de Wright.
Itinéraire d'un architecte haut-pyrénéen
1930 (1er juillet) - Naissance à Lannemezan (Hautes-Pyrénées)
1949 - Baccalauréat au lycée Théophile Gautier à Tarbes
1949-1959 - École des Beaux-Arts de Paris, section architecture.
Travail d’étudiant à Atelier Gromort-Arretche (Paris)
Séjour de quatre mois aux États-Unis, université Notre-Dame (South Bend, Indiana) : rencontre avec Frank Lloyd Wright
Diplôme d'architecte DPLG (Diplômé par le gouvernement)
1959-1962 - Installation aux Etats-Unis, en tant qu’enseignant en architecture
Université Notre-Dame (South Bend, Indiana), novembre 1959 - août 1961
Université Cornell (Ithaca, New-York), octobre 1961 - juin 1962
Séjours dans l'atelier Cosanti de l'architecte Paolo Soleri (Paradise Valley, Arizona), été 1960, été 1962
1962 - Création de l'agence à Tarbes (Hautes-Pyrénées)
1964-1969 - Résidence à loyer modéré Le Navarre (Tarbes, Hautes-Pyrénées), première réalisation d'importance sous son nom qui inaugure 193 projets réalisés et non réalisés.
1975-19? - Architecte-conseil du Gers et des Pyrénées-Atlantiques
1976-1980 - Siège de la Caisse d’Epargne Aquitaine, Mériadeck (Bordeaux)
1977 - Installation de l'agence à Barbazan-Debat (Hautes-Pyrénées) à proximité de la résidence de l'architecte construite en 1966
1983 Chevalier dans l'Ordre national du Mérite (Ministère de l'Urbanisme et du Logement)
1984 - Grand Prix national de l'Architecture décerné par le Ministère de l'Urbanisme, du Logement et des Transports
1991 (27 juin) - Incendie des thermes de Barbotan-Cazaubon (Gers)
1995 - Accident vasculaire cérébral
1996 - Livraison des derniers chantiers et fermeture de l'agence
2007 - Médaille de Vermeil de l'Académie d'architecture-Fondation Guérinot pour l'ensemble de sa carrière
2012 - Dépôt du fonds de l'architecte aux Archives départementales des Hautes-Pyrénées
2014 - Inscription du siège de la Caisse d'Épargne Bordeaux-Aquitaine à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques (ISMH)
2015 - Attribution du label Patrimoine XXe siècle à l'immeuble Le Navarre, la résidence et l'atelier de l'architecte
Du public au privé, de l'individuel au collectif
Ses trente années de carrière témoignent d’une grande variété de réalisations. Edmond Lay s’est intéressé à répondre à la fois à des commandes publiques ou privées en suivant un idéal architectural plaçant le bien-être de l’humain au cœur de son œuvre. Toutefois, ces commandes répondent aussi à des besoins liés à la vie de l’agence d’où la réalisation de projets parfois singuliers.
Les documents présentés ici illustrentle large panel de projets conduits par Edmond Lay : bâtiments auto-construits, propriétés privées, logement collectif, administration, infrastructures culturelles, de loisirs et d'enseignement, commerce ou encore étude d'aménagement urbain...
Le temps de la reconnaissance
Au début des années 80, Edmond Lay reçoit successivement le titre du Chevalier de l’Ordre national du Mérite (1983) et le Grand Prix national de l’Architecture (1984) des mains de Paul Quilès, Ministre de l’Urbanisme et du Logement. Il est d’ailleurs le premier architecte non parisien à remporter cette distinction.
Ces distinctions confirment son « professionnalisme exemplaire, mais aussi les qualités d’une expression architecturale qui échappe à tout phénomène de mode et s’impose par sa cohérence, sa puissance, sa richesse au point de vue de la conception des plans, des formes et du traitement des matériaux » (communiqué de presse, 1984 « Edmond Lay, Grand prix national d’architecture »).